Depuis toujours, les Dauphins ont occupé l'imagination
des Hommes. Les Grecs et les Romains racontaient une quantité d'histoires sur les
aimables relations qu'ils avaient avec eux et dont, depuis deux mille ans, les spécialistes
ont eu coutume de sourire, bien à tort, ainsi que de nos jours on peut le constater.
Quand Télémaque, fils d'Ulysse, tomba dans l'eau profonde et faillit être
noyé, ce fut un Dauphin qui le sauva en l'aidant et en le ramenant à la rive.
C'est pour cette raison que son père portait un anneau sur lequel était gravé
un Dauphin, qui figurait aussi comme blason d'armes sur son bouclier.

C'est du moins ce que raconte le Grec Plutarque. Ajoutons que cet auteur a vécu très
longtemps après Ulysse, mais son histoire est la première relation faisant
mention de la première aventure d'un Dauphin secourant un enfant des Hommes.
Le célèbre poète Grec Arion, d'après le récit d'Hérodote,
en visitant les villes de ses compatriotes établis en Italie, y recueillit beaucoup
d'argent. Les bateliers avec lesquels il regagnait son pays le volèrent et le et le
jetèrent à la mer. Ce sont des Dauphins qui le sauvèrent et le
ramenèrent sur la côte.
Le savant romain Pline, qui périt en l'an 79 apràs Jésus-Christ lors
de l'éruption du Vésuve, parle dans son Histoire naturelle de l'amitié
d'un Dauphin qui vivait à l'époque de l'empereur Auguste, c'est-à-dire
environ vers les années où Jésus était encore enfant. A cette
époque, à l'endroit qui correspond à peu près à la ville
actuelle de Naples, existait une lagune marine peu profonde. Dans cette lagune vivait
un Dauphin que les pêcheurs avaient amené de la haute mer en le portant par
dessus l'étroite bande de terrain qui isolait la lagune. Ce Dauphin s'était
pris d'amitié pour un garçon qui contournait la lagune pour se rendre à
l'école à Putéoles (aujourd'hui Pouzzoles). Au début, tous deux
jouèrent ensemble, et au bout d'un certain temps, le garçon pu chevaucher le
dos de l'animal, qui au final, le prit chaque matin sur son dos pour lui faire traverser la
lagune en direction de l'école puis le ramena ensuite chaque jour.

Parmi toutes les découvertes que les anciens ont faites sur les Dauphins, les récits
abondent et beaucoup se sont trouvés confirmés ces dernières années,
à la suite de recherches précises.
On sait, depuis plus de cent ans, que les cétacés ont un cerveau
particulièrement gros et avec des circonvolutions très abondantes.
Chez les Dauphins, le cerveau mammalien a gravi une seconde fois le degré des Primates.
Ainsi, le Dauphin possède dans son cerveau une caractéristique de Primate de
l'espèce la plus particulière sous la forme de la substance noire du
pédoncule cérébral qui ne se rencontre ailleurs que chez l'Homme et
fait défaut chez les singes pongidés. En outre, un neurologue Suisse
spécialisé dans l'étude du cerveau, G. Pilleri, a reconnu en 1962 que
la forme du "cerveau de certains cétacés atteint aussi un degré de
centralisation qui dépasse beaucoup celui de l'Homme".

Le délai mis par les Dauphins pour apprendre à faire un tour est
extraordinairement court. Il en est de même pour tous les Dauphins que l'Homme a
dressés jusqu'à présent. Les singes pongidés mettent bien plus
longtemps à comprendre ce que leur dresseur exige d'eux.
Les sauts en hauteur sont particulièrement impressionnants, lorsqu'ils sont
exécutés en commun et simultanément. Par exemple, les dauphins, au
nombre de trois, cinq voire six, prennent sous l'eau, au commandement du dresseur, la
position du départ et attendent, avec la plus grande concentration, le signal du
départ. Dès que celui-ci est donné, tous, absolument tous, dans un
accord parfait, parcourent d'abord dans l'eau une certaine distance, puis à la même
fraction de seconde, surgissent de la surface de l'eau, "volent" en l'air tous en position
strictement parallèle entre eux, décrivent un arc à plusieurs mètres
de hauteur, avant de piquer au même moment, tous ensemble, la tête dans l'eau ...
Cette simultanéité absolue de cette réalisation commune n'a très
certainement jamais pu être obtenue avec d'autres animaux.
Les dauphins comprennent non seulement la tâche qu'on leur demande, mais l'exécutent
avec un effort d'attention concentrée.
Les Globicéphales, Dauphins à tête ronde, distinguent de la manière
la plus subtile et la plus rapide, les mots, les mouvements du visage, les gestes de leur
instructeur et y répondent. Entre l'homme et ce cétacé, il existe
d'étroites relations affectives dont on se rend bien compte.
Toutes les observations faites dans les delphinariums modernes font conclure à
l'intelligence vraiment surprenante des dauphins.
C'est dans la sous-famille des Delphininés (Dauphins proprement dits) que sont classés
la plupart des dauphins : 1.2 m à 4 m, première et seconde vertèbre
cervicale soudées, 22 à 52 dents par mâchoire (à l'exception du
genre Grampus), six genres, avec en tout une trentaine d'espèces.

Les Dauphins tachetés constituent un genre de dauphins aux formes très
nombreuses, le plus souvent de petite taille, au bec allongé, étroit.
Le Dauphin bleu-blanc, ou Dauphin de Thétis, est petit, mais solidement bâti.
On le rencontre sur la côte sud-est de l'Amérique du Suc, à l'embouchure
de La Plata.
Le Dauphin commun vit dans les mers chaudes ou tempérées du monde entier. De
1.5 m à 2.5 m, son poids peut atteindre 75 kg. Sa màchoire en forme de bec,
relativement longue, est étroite et pointue et séparée du front. Il
est très répandu, et il n'est pas rare de le rencontrer en troupes extrêmement
nombreuses. C'est l'espèce la plus répandue en Méditerranée. Ce
dauphin est connu et populaire, parce qu'il n'est pas rare qu'il accompagne les bateaux en
troupes petites ou nombreuses, divertissant aussi bien les matelots que les passagers par
sa joyeuse et folâtre activité. Leurs corps luisants bondissent hors de l'eau
à plusieurs mètres de hauteur, décrivent un arc en l'air avant de
plonger tête la première, pour bondir à nouveau hors de la mer,
répétant inlassablement le mème jeu.

Quant un bateau apparaît dans leur champ de vision, immédiatement ils
accourent en hâte vers lui : ils l'entourent en décrivant un large cercle,
sautant à l'avant et sur les côtés, le long du bord, reviennent et
exécutent leurs plus belles acrobaties.
Le Dauphin de Risso ou Dauphin gris est la plus grande espèce (3.7 à 4 m) : pas de
bec, seulement trois à sept dents à chaque demi-mâchoire inférieure,
la supérieure en étant dépourvue. Il est également répandu
dans le monde entier et vit isolément ou en petites troupes de moins de douze.
Le grand Dauphin, ou Dauphin à grand nez est celui que l'on garde le plus souvent
dans les delphinariums modernes. C'est sur lui que l'on a fait les observations de dressages
décrites dans le précédent hebdo. Le bec est court, nettement séparé
de chaque demi-mâchoire qui comporte de 20 à 26 dents. Il est de même
répandu dans le monde entier.
Le Tursion de la mer rouge est l'un de ses proches parents.
Le grand Dauphin est surtout abondant sur la côte orientale de l'Amérique où
autrefois une chasse intense lui était faite. Depuis de nombreuses années, le
Gouvernement Soviétique a interdit de tuer les Dauphins, leur cerveau étant
analogue à celui de l'homme.
L'accouplement des grand Dauphins a lieu au printemps ou en été, la gestation
dure de dix à douze mois et l'allaitement environ seize mois.

Le genre Lagenorhynchus comprend quant à lui cinq à sept espèces de
dauphins dont le bec court n'est pas nettement séparé. Ces derniers vivent en
grande ou en petites troupes, et chez l'espèce à franc blanc et à bec
blanc, il a déjà été observé l'existence de troupeaux de
1000 à 1500 animaux.
De tous les Dauphins maintenus en captivité par l'homme, les Globicéphales sont ceux
qui apprennent le plus rapidement, comme nous l'avons vu, et qui ont le comportement
le plus intelligent. Malheureusement, malgré leur nature aimable et amicale envers
l'homme, ce sont ceux qui sont encore et toujours tués en plus grand nombre. Rien que
sur les côtes de Terre-Neuve, entre les années 1955 et 1960, il en a été
tué en moyenne près de 5 000 par an, leur viande surgelée a été
vendue au Canada et aux USA comme aliment pour chiens et leur lard a été
traité sur place pour en extraire l'huile ...