étiqueté grace à l'icra
Vos pouvez laisser vos commentaires sur cette page ici, merci.

soleil

LA FILLE DE LA TERRE

Une planète vivante. Une planète habitée de créatures vivantes certes, mais vivante elle-même. La nature y est magnifique. Sauvage et magnifique. Il n'y a pas de soleil auprès de cette planète, il y fait jour et chaud par le seul rayonnement interne de son noyau très actif, et très lumineux. Ce rayonnement intense, magnétique et photonique donne des reflets merveilleux au ciel, qui varient selon l'humeur de la planète et selon les reliefs de la surface, d'un bleu écarlate à un rouge-orangé aux reflets dorés, en passant par des verts irisés impressionnants donnant à chaque ville l'aspect de forêts de structures se mêlant aux zones forestières naturelles pour fusionner en un espace unique où l'on ne distingue plus les zones défigurées par l'homme des zones naturelles. Les anciens disent que ce ciel renvoie les couleurs les plus belles que l'on pouvait admirer sur l'ancienne Terre, dans l'eau, en surface, et dans le ciel, couleurs visibles grâce aux multiples manifestations plus ou moins agressives du Soleil. Pendant très longtemps, l'ancienne Terre n'avait pas conscience de sa vie, le soleil, la lune, l'univers en son entier la maintenaient en vie par de multiples interactions dont elle tirait profit pour prolonger son existence malgré toutes les agressions de ses habitants.

Notre planète, comme l'ancienne terre, est habitée de nombreux humains, dont certains, les anciens, descendent directement des habitants de cette ancestrale et légendaire planète. Les anciens sont bien étranges : ils ont, ils sont la mémoire vivante de l'ancienne terre. Dès leur conception ils sont d'un âge avancé et ont en eux la mémoire du passé très lointain, d'un passé qu'ils n'ont jamais expérimentés mais qui leur est transmis pour que les occupants de la terre n'oublient jamais ce qui a conduit à la perte de leurs ancêtres. Leur sagesse est immense, ils savent faire preuve d'une modestie et d'une humilité à toute épreuve grâce à la science infuse qu'ils ont en eux. Ils savent surtout qu'il ne doivent pas l'exploiter à leur profit, que leur profit mènerait à leur perte. Ils vivent modestement et à un rythme peu rapide, ils sont parmi les plus heureux habitants de cette planète sans pourtant chercher le moins du monde à profiter de tous les modernismes mis à la disposition de chacun par l'intelligence des hommes, souvent réquisitionnée au profit de quelques uns. Ils sont heureux. Modestes et heureux. Ils ont un très grand savoir, mais n'en tirent ni pouvoir ni profit. Là est leur secret.

D'après les anciens, notre planète a exactement l'aspect de l'ancienne terre, la technologie y est intégrée d'une manière si parfaite qu'un hypothétique visiteur venu de l'ancienne terre s'y sentirait parfaitement chez lui et ne soupçonnerait pas un seul instant le niveau de technologie développé ici. Un seul détail, ici les manifestations de la planète sont beaucoup plus visibles et plus fréquentes, notre hôte étant beaucoup plus agressive, de par sa conscience de la vie, que ne l'était l'ancienne terre. Car il y a toujours certains hommes imbus d'eux même, assoiffés de richesses et de pouvoir qui imaginent pouvoir abuser la nature et abuser d'elle, mais systématiquement elle répond par des manifestations très violentes de nature à calmer les plus folles ardeurs d'apprentis sorciers, bien vite remis à leur place s'ils comprennent le message, et encore plus vite repris par la terre s'ils s'obstinent à ne pas tenir compte des messages qu'elle leur transmet. Bien sûr, d'autre indices pourraient amener le visiteur à penser qu'il ne se trouve pas sur sa terre. Ici, de multiples créatures nouvelles ont fait leur apparition, se mêlant aux humains qui ne sont pas les seuls êtres pensants, même s'ils pensent être dominants, et aux autres animaux issus de l'ancienne terre qui doivent partager leur espace vital avec de multiples créatures que nous-même trouvons souvent étranges. Ainsi, je me souviens avoir vu un chien passant sous un arbre, ne pas avoir le temps de lever la patte avant qu'une créature invisible ne descende de l'arbre seulement trahie par le bruissement des feuilles, et fasse de cette pauvre bête un véritable festin. Celui-ci étant très visible, j'ai eu tout le loisirs d'observer ce repas si particulier de l'intérieur, car chacun des morceaux déchiquetés de l'animal suivait son chemin dans le corps de la créature invisible, et avant que ceux-ci ne soient ingérés et digérés, le processus d'assimilation de la nourriture est parfaitement observable au cœur même de la bête. Je dois dire que c'est impressionnant d'assister à un tel spectacle, sans aucun obstacle de nature à en obstruer la vue. C'est d'ailleurs la seule façon qu'on eu jusqu'à présent les scientifiques d'étudier ce genre de créatures, loin d'être unique. Même eux n'ayant jamais pu voir réellement ces animaux, ils n'ont pu que leur faire ingérer toutes sortes de nourritures et de matériaux au marquage visible à l'œil nu ou au travers d'appareils, afin de les examiner et tenter de les classifier.

Lorsqu'ils ne sont pas des anciens, les scientifiques ne font pas que décrypter la nature, ils usent de leurs talents et de leur savoir pour améliorer les techniques d'accompagnement de confort et de sécurité des formes de vie dotées de conscience. Certains humains sont si avides de ces technologies, qu'ils ne sont plus que des masses informes de graisse et d'os qui ne s'aventurent plus depuis longtemps loin de leur fauteuil centralisateur de commandes. Ceux-ci sont souvent parmi les plus riches de nos contemporains, les plus puissants aussi, ceux que l'on appelle les "technogras". Pourtant personne ne souhaite les approcher, tant de peur d'être absorbé par leurs centrales biologiques de maintien de la vie par fusion de l'énergie vitale des pauvres bougres qui leurs vendent leur âme, que par dégoût de ces êtres humains devenus êtres de pouvoir et de richesse susceptibles d'être repris par la terre s'ils sortent de leur forteresse de luxe. Leur salut vient d'un usage détourné de la science, un mode de fabrication d'êtres humains à l'origine prévu pour remplacer des éléments défectueux aptes à sauver des vies, qu'ils ont adaptés à leurs besoins de reproduction afin de se créer une descendance à leur image. Car il va sans dire que les femmes ne s'approchent pas plus que les autres de ces êtres vils, et l'ancien mode de reproduction qui tend à revenir d'entre les anciennes traditions, enseignées par les anciens, ne peut que provoquer un rictus nerveux de profond rejet de la part des femmes adeptes de l'ancien et plaisant mode de reproduction, dont le processus revient à un puissant pouvoir de fusion charnelle entre deux humains de genres opposés. Ce procédé de création d'humains est encore mal compris par nos scientifiques souvent fermés aux explications des anciens, toujours est-il que le jeune humain obtenu par ce procédé se développe au sein : Même de la femme, tel un parasite se nourrissant des ressources de sa porteuse. Les scientifiques estiment qu'ils faut ensuite retirer au plus vite le jeune humain de son hôte afin de les maintenir tous deux en vie, puis le loger dans une chambre étanche habituellement utilisée lors des modes de reproduction traditionnels où il pourra se développer en toute sécurité.

Lorsque les technogras produisent leur descendance, il est rare que la planète ne ressente pas un profond malaise, et ne le fasse savoir énergiquement en secouant la conscience collective de toute son énergie. Je me souviens ainsi de la dernière fois que cela s'est produit dans ma zone d'habitation, j'étais avec quelques amis, sur le point d'aller me promener en forêt. Peu après être parti, nous avons rencontré un ancien, membre du grand conseil des anciens, en passant devant son jardin. Il nous a alors mis en garde d'un danger s'approchant des lieux où nous étions, il sentait un grand trouble dans la terre de son nourricier. Et effectivement, une manifestation violente était imminente : peu avant d'atteindre le transporteur de matière , génial moyen de transport commun dans nos cités, nous allions durement ressentir la douleur de l'avertissement donné par la terre à la génération d'un nouveau technogras.
Nous avons commencé à ressentir des vibrations, juste avant d'entendre un bruit assourdissant semblant remonter des entrailles de la terre. Très vite, le sol s'est fissuré sous nos pieds, chacun de nous se retrouvant sur un îlot de revêtement de sol flottant au-dessus d'un gouffre béant apparemment sans fond, et s'efforçant de maintenir un semblant d'équilibre pour ne pas tomber dans cet abîme. Rester à l'extérieur devenait très vite un risque mortel inutile, moi-même j'ai été tout proche de finir prématurément dans l'antre de la colère terrestre, n'y échappant que grâce à l'un de mes amis qui me rattrapa in extremis avant que l'on ne s'engouffre tous dans une bâtisse située tout près de là. Malgré les secousses extrêmes, nous commencions à nous sentir presque en sécurité, avant que cette construction ne cède à la pression du sol, et ne commence à glisser au-delà de son point d'ancrage en direction de l'épicentre du phénomène, sans toutefois subir le moindre dégât structurel. Heureusement pour nous tous, le bâtiment était suffisamment récent pour avoir été construit selon les normes très rigoureuses tenant justement compte de tels événements.
Le principe de base est simple, l'immeuble principal n'a aucune fondation afin de ne pas se disloquer, il est constitué de deux ensembles monoblocs taillés dans la roche de météorite, très courante aux environs de la planète, solidement encrés au sol et reliés entre eux par une série de jointures metalliques-rocheuses fonctionnant selon le principe enseigné par les anciens permettant sur l'ancienne terre d'attacher entre eux les éléments d'un moyen de transport, le train. Ils se désolidarisent dès lors que l'un des deux blocs présente un risque sérieux de destruction ou de disparition, avant d'entraîner avec lui le second dans un éventuel chaos, et un pont magnétique se forme alors entre les deux afin de permettre la fuite de ses occupants tant que les deux parties se trouvent à la surface. Tels bâtiments sont disposés géographiquement sur des zones frontières déterminées statistiquement, de façon à ce que théoriquement les deux parties ne se trouvent jamais en péril simultanément.

La passerelle magnétique n'a cette fois pas fonctionné, répandant la panique dans le groupe. Heureusement, nous avons eu quelques minutes de répit avant que les secousses ne reprennent de plus belle, juste ce qu'il faut pour que je parvienne à sauter dans l'autre partie du bâtiment, où j'ai rapidement trouvé des perches de fortune à tendre vers les autres naufragés de l'habitation, pour leur permettre de me rejoindre en cet endroit plus sûr et les sauver d'une fin prématurée : À peine étaient-ils tous en sécurité avec moi, que l'on a pu voir la demi coque de bâtiment disparaître dans ce trou mystique et colérique ! D'autres n'ont pas eu la même chance que mes compagnons de fortune et moi-même, on a pu entendre, et voir au loin de nombreuses victimes innocentes périr dans les entrailles de la colère terrestre causée par l'apparition d'un nouveau technogras.
La coutume en de pareilles circonstances veut que les survivants célèbrent sur place leur vie prolongée en y faisant ce que l'on appelle la fête de la vie, ce que nous nous empressâmes d'improviser en dansant et festoyant à la gloire de notre planète bien aimée qui nous a épargnés pour notre force vitale féroce et intacte ! Au cours de la fête, je reçus la récompense ultime de la part de deux jeunes filles très jolies, venues à moi déposer un tendre et doux baiser de remerciement sur mes lèvres, peu habituées à de tels égards à une époque où je n'avais que peu expérimenté les méthodes de reproduction enseignées par les anciens.

Plus tard, cette expérience la plus forte que j'aie connu des manifestations terrestres va me pousser à aller interroger les anciens, dont j'ai toujours apprécié les histoires. Trouvant en moi "une force de renouveau peu commune et prophétique", ils vont finir par me raconter la vraie histoire de notre planète, fille de l'ancienne terre :
la terre fût autrefois dévastée par ses habitants, dont les plus chanceux, les plus sages, les plus visionnaires ont trouvés refuges loin d'elle, à regret mais pressentant en cela le seul moyen pour eux de survivre à la folie destructrice de leur congénères. Leurs craintes se sont matérialisées le jour où la terre a pris brutalement conscience de la vie, elle a soudain vu défiler dans son âme pure tout ce que ses hôtes lui ont fait subir depuis les temps les plus reculés. Devant tant d'effroi et de frayeur, la solution qui lui est apparue la plus immédiate était la destruction de ce monde qu'elle abritait. Elle n'a trouvé comme moyen de s'autodétruire que la plus simple des solutions : elle a cessé d'être dans l'esprit humain la mère nature, ce qu'elle avait toujours fait sans en être consciente, laissant les côtés les plus sombres de l'humanité prendre le dessus. Elle n'avait alors plus qu'à attendre que l'humanité détruise elle-même la planète qui l'hébergeait, ce qui se produisit bien plus vite qu'elle ne l'avait imaginé.
Notre terre est issue des poussières de cette ancienne terre, agglomérées au fil des millénaires pour reconstituer une nouvelle planète, consciente dès sa naissance afin de se protéger de ses hôtes, et de les protéger d'eux mêmes. Les anciens sont les descendants directs des humains alors réfugiés au-delà du système solaire, qui sont parvenus à transmettre jusqu'à nous le patrimoine animal et végétal de leur planè,te, ainsi que leur savoir et leur sagesse par ce biais, en conservant précieusement une trace numérique de tout cela en attendant de trouver une technologie capable de tout réintégrer dans l'être humain. Les anciens ne sont pas tout à fait des humains, ils en sont une variante capable d'accueillir tant de savoir sans en être corrompus.

Ainsi nous vivons donc selon la légende sur la fille de la terre, consciente et intelligente, puisant son intelligence et sa souveraineté dans l'inconscient des anciens, présents partout sur la planète, évitant les déséquilibres locaux pouvant menacer sa vie et participant si nécessaire à rétablir les équilibres rompus.


Patrice REIGNOUX.

Février 2002

mailPatrice
© Tous Droits réservés aux auteurs.

FORUM


RETOUR




sur l'ensemble du site créé le 30/12/2002 avec des mises à jour régulières

inscription sur les droits d'auteurs
00034168
Classement de sites - Inscrivez le vôtre!
poèmes et pensées Uranie philosophie de vie Légendes solidarité songes d'anges nature nature : faune Hommage D-day poèmes l'âme l'amour conscient préceptes réflexions de la vie de l'homme les amis du site Fatima Aurelie-Chevet J.C Meunier Van De Walle Cynthia Evalys Corinne Lakhal Qorbi Med Amine Sterne Cecile Frenette Afef Dellali Barbara Catherine Chevet Mariam Jacob Marie Mouloudi Karim Rabatel Mouna Tolliac Genevieve Perfetti Dans oeil du cyclone Tanise poèmes divers Patrice J.P Vaesken Gwen Thieffry annuaire de poèmes et pensées annuaire de sonia-milo annuaire commerce internet pages partenaires Kacem Loubay